DOCUMENTS

Arthez-d’Asson : la maison du crime

Histoire de la maison Lareu : l’article de J.-B. Laborde (1923) et autres récits

dimanche 10 août 2014 par Émile Pujolle

« Quand on remonte la pittoresque vallée de Louzom, après avoir dépassé Arthez-d’Asson, à quelque distance du vaste enclos qui entoure le château d’Angosse, on aperçoit à gauche, sur le bord de la route de Ferrières, une modeste maison qui, avec ses pignons en escaliers, présente quelques particularités architecturales de caractère ancien : sur le linteau de la porte, on lit une vieille inscription en béarnais et un millésime. C’est la maison Lareu [...] »

J.-B. Laborde [1]

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La maison Lareu vers 1910

(Carte postale) [2]

Sur le linteau de la porte, une date (1579) et la devise de l’auberge Lareu :

QVI AYE BOQVA AGE BORSA
(celui qui a bouche, qu’il ait bourse)

À Arthez-d’Asson, la « maison Lareu », est restée dans les mémoires comme la « maison du crime » – le « crime des seize », nous dit Christian Desplat [3]– l’auberge où fut fomenté l’assassinat de l’abbé de Sauvelade.
L’histoire est connue : le 25 octobre 1663, Jacques Boyer, abbé de Sauvelade, était assassiné en Béarn, ainsi que son aumônier, Bernard de Barboutan, dans sa demeure de la « grange » de Capbis. Seize assassins, mandatés par les communautés de Bruges, Asson et Louvie-Juzon, perpétrèrent ce crime avec une rare sauvagerie.

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J.-B. Laborde
Histoire de la maison Lareu

Parmi ces seize assassins, le chanoine Laborde distingue Joandet de Lareu, le gendre de la maison Lareu, qui fut le seul condamné exécuté après le procès qui suivit le meurtre. Il nous narre l’histoire de la maison Lareu – et d’Arnaudine de Lareu, nourrice d’Henri IV – maison devenue une auberge « bien achalandée » près de la forge d’Asson, le meurtre de l’abbé de Sauvelade et la longue traque qui aboutit à la capture de Joandet de Lareu ...

Un bel et long article, très documenté, fourmillant de détails savoureux...


VOIR AUSSI

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CAPBIS
Le meurtre de l’abbé de Sauvelade, par Jean Bonnecaze

- Sur le site de « Fer et Savoir-Faire », un récit de l’abbé Bonnecaze sur ce meurtre.
Écrit peu avant la Révolution – vers 1780 – il relate donc des faits déjà anciens, alors, de plus d’un siècle mais restés très vifs dans la mémoire collective. Ce récit fut publié en 1899-1900 dans Histoire particulière des Villes, Bourgs et Villages principaux du Béarn, par Jean Bonnecaze, prêtre.

- Sur la toile, dans les pages du site de « Bien Vivre à Bruges Capbis Mifaget » [4] :

- Les « Aînés ruraux » d’Arthez-d’Asson avaient également mis en ligne une intéressante et amusante présentation de l’affaire :


Parmi les suspects, les trois frères Bartouille, barquiniers, sans travail depuis peu.

En 1663, ou peu avant, Louis d’Incamps avait, en effet, fait reconstruire la forge d’Asson en remplaçant les soufflets en usage jusqu’alors par des trompes .

Les interrogatoires de témoins, parents ou voisins des assassins, nous fournissent cette indication précieuse pour l’histoire des forges de la vallée de l’Ouzom : en 1663, les forgeurs basques qui faisaient fonctionner les forges furent renvoyés et les spécialistes des soufflets, les barquiniers, se retrouvèrent au chômage. Les trois frères Bartouille, barquiniers, d’Asson étaient parmi les seize inculpés. L’épouse de l’un d’entre eux explique, dans son interrogatoire : « il [son mari, l’ainé des frères Bartouille] dit qu’il s’en allait en Espagne, vers les forges de Biesque ou Riesques [5], pour y travailler quelque chose, le sieur de Loubie [6] ne lui donnant plus de l’emploi depuis qu’il se servait des trompes au lieu de soufflets » [7].

Les rapports des commissaires, les compte-rendus des interrogatoires interrogatoires et des enquêtes ont été transcrits par l’abbé Bonnecaze. On y trouve des descriptions « horrifiques » du meurtre, des portraits « hauts en couleurs » des suspects, des récits de fuite en Espagne, de multiples considérations sur les tavernes et sur ceux qui les fréquentaient... Une compilation un peu touffue de documents dont on pourrait tirer tous les éléments d’un western béarnais.

Un exemple, extrait du témoignage de Jean Penin, dit Cruquet, qui décrit ainsi Joandet de Lareu rencontré auprès de sa maison, muni de « deux fusils sous l’essaille (l’aisselle) et d’un mousqueton sur l’aube (la tunique) et de deux pistolets à la ceinture ». Il n’y manque pas les chasseurs de primes rétribués par Madame de Tournemire, belle-sœur de l’abbé assassiné, lancés sur les traces de Joandet dans les vallées espagnoles...

Ces rapports écrits dans la langue judiciaire du dix-septième siècle sont à lire en savourant tous les termes et en s’imaginant dans ce Béarn profond des temps anciens, où chacun avait quelque chose à dire sur tout le monde...

- Pour accéder aux écrits de Bonnecaze, cliquer sur l’image ci-contre : la lecture du document de la Bibliothèque nationale de France (site Gallica) peut se faire en ligne, en faisant défiler les pages. Il est toutefois plus agréable de télécharger le numéro 34 (de 1923) du Bulletin de la société des sciences, arts et lettres de Pau dans son entier (en format .pdf).


LIRE AUSSI l’article de J.-B. Laborde (1930)
- La mine de fer de Baburet et les forges de la vallée de l’Ouzom

[1] J.-B. Laborde. « La maison Lareu d’Asson. Une nourrice d’Henri IV. L’assassinat de l’abbé de Sauvelade ». Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, deuxième série, tome 23, 1923, p. 81 et sq.

[2] Arch. dép. des Pyrénées-Atlantiques.

[3] Christian Desplat. Le crime des seize, la mourt de l’abbé de Sauvelade, 2001, Pau, Édition Cairn.

[4] L’association « Bien Vivre à Bruges Capbis Mifaget » vous invite à découvrir les trois villages et à partager ses centres d’intérêt et ses activités.

[5] Probablement : Biescas, en vallée de Tena, prov. de Huesca, Espagne.

[6] En 1663, le « sieur de Louvie » est Louis d’Incamps.

[7] Abbé Bonnecaze, « Variétés béarnaises. Précis des transports et informations faites sur l’assassinat et la mort du sieur de Bouyer, prêtre, abbé de Saubalade », Bulletin de la société ses sciences, arts et lettres de Pau, IIe série, tome 34, 1906. p. 34


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