COLLOQUE
JPG - 66.8 ko
Comment naissent les traditions industrielles
9 et 10 novembre 2007

IVème Journées d’Histoire et de Patrimoine

Comment naissent les traditions industrielles

jeudi 17 janvier 2008 par Dominique Fournier

Nay, Bordes, Lacq la tradition, le tissu industriel et l’avenir…
Pendant deux jours, les 9 et 10 novembre 2007, à l’Université de Pau et au Centre Multiservices de Nay des représentants de l’industrie, de la formation, de la recherche et de la culture ont échangés avec le public et les élus sur le thème : « Comment naissent les traditions industrielles ».

Ce 4éme colloque organisé par l’Association Fer et Savoir Faire a rassemblé des intervenants majeurs sur des sujets importants, étonnants et méconnus. Le président Dominique Fournier a souligné que pour l’association, la conservation des éléments majeurs du patrimoine industriel est la priorité, elle doit servir de tremplin pour le développement de l’offre touristique mais aussi pour l’innovation technologique en développant les échanges entre les partenaires autour de ces lieux et ces objets de mémoire, en les présentant à côté des productions actuelles pour montrer la continuité du passé et du présent et la vision de l’avenir. « Comment naissent les traditions industrielles »

Les locomotives régionales

C’est Bettina Frey directrice de la communication de Turbomécaqui ouvrit ce colloque en décrivant l’engagement mondial de sa société et la féroce compétition à laquelle il faut faire face pour s’imposer de l’autre côté de l’Atlantique. Satisfaire les clients hélicoptéristes ne soufre pas de relâchement, l’entreprise connaît à une croissance énorme, elle a du embaucher 1600 personnes ces cinq dernières années. Il faut aussi un outil de production adapté, c’est Éole la nouvelle usine du pôle Bordes-Assat avec en appui un autre site de production aux États-Unis. Commencé plus tard, il produira plus tôt…
Les besoins pour les activités d’Éole en production et en services dépassent ce qu’on connaît en Béarn.

Le complexe de Lacq est bien sûr l’autre grand site industriel, c’est Guy Dupupet directeur industriel de la Soficar qui présenta cette deuxième « locomotive ». Soficar, comme Turboméca est un acteur clé de l’aéronautique, elle produit des fibres de carbone. Fibres indispensables pour construire les nouveaux Airbus et Boeing en remplacement (partiel) de l’aluminium. Cette société fondée en 1982 entre un fabriquant de textiles japonais Toray et le pétrolier ELF eut un début difficile lié à la crise de l’aéronautique. Elle a pu, grâce au marché des loisirs, les cannes à pêche en carbone, se maintenir jusqu’à la période euphorique actuelle pour l’aéronautique mais aussi de nouveaux marchés comme la construction avec des renforts pour les ponts ou des ouvrages comme la passerelle de Laroin.
Une société venue du textile qui devient un acteur majeur de l’aéronautique, un bel exemple d’innovation et de tradition, venu du Japon…

Les hommes célèbres ou ignorés

La tradition aéronautique du Béarn fait immanquablement référence aux frères Wright et à leur séjour à Pau.
Jean Louis Maffre a présenté une étude détaillée de l’activité de ces pionniers de l’aviation pour conclure que l’impact industriel direct avait été très faible, en revanche quand leur appareil apparaissait dans le ciel de Pau, tout le monde levait le nez au ciel… Des vocations naissaient et pour faire face à ces besoins une école s’installa pour former jusqu’à 300 pilotes par an pendant la première guerre mondiale.

Alain Lalanne quant à lui nous a fait vivre la vie de Raymond Orteig, l’enfant de Louvie -Juzon émigré aux Etats Unis en 1882. Il y fit fortune dans la restauration. Cette fortune lui permit de créer un prix pour récompenser le premier pilote réalisant sans escale un vol de New-York à Paris. C’est Charles Lindbergh qui remportera ce prix. Mais surtout il déclencha un engouement soudain pour les voyages en avion qui depuis n’a cessé de croître.
Actuellement Raymond Orteig est plus célèbre aux Etats Unis qu’en France, et sa démarche de susciter l’innovation par un prix est devenue courante.

Discours et regards sur le patrimoine industriel

Les réalisations récentes en Principauté d’Andorre ont été présentées par Xavier Llovera du Ministère de la Culture. On ne peut pas tout garder a-t-il déclaré mais le travail du tabac comme celui du fer ne peuvent passer dans l’oubli. Sur ces deux thèmes des sites culturels viennent d’être aménagés où la rigueur historique et la documentation ont servi pour combiner esthétique et culture.

Le territoire industriel du gaz de Lacq au travers de la littérature et de la presse des années 1960 a été traité par Jean Loup Gazzurelli chercheur de l’UPPA. L’arrivée de la grande industrie dans une région jusque là exclusivement agricole ne pouvait se faire sans remous avec de farouches défenseurs de chaque mode de vie. Les enjeux et les richesses résultants de cet immense gisement gazier n’ont pas finis d’alimenter les débats compte tenu des rares informations sur ce domaine.

Turboméca, une industrie traditionnelle ?

C’est Charles Claveau, Directeur de la Stratégie de Turboméca, qui présenta le fonctionnement de la grande industrie aujourd’hui. Ce type d’industrie est de moins en moins attachée à un territoire à l’opposé de l’artisanat. Si Joseph Szydlowski était personnellement attaché au Béarn, ce qui prime maintenant avec l’ouverture des marchés ce sont : les conditions économiques et financières, la logistique. Il a félicité les élus d’avoir fait le bon choix en assurant la continuité des productions à Bordes avec le pôle aéronautique Éole.

En contre point, Pedro Ortuondo, de l’Institut de la Maquina Herramienta de Elgoïbar, montra la situation de l’industrie de la machine outil en Euskadi où un groupement de 115 entreprises réussit à produire les machines outils parmi les plus performantes du marché en réunissant leurs compétences, certaines issues d’un long héritage, en particulier la production d’armes. Un héritage souvent évoqué par l’Association Fer et Savoir Faire car ceux sont précisément des forgeurs d’Euskadi qui sont venus apporter leur savoir faire au XVIe siècle en Béarn. Ces échanges sont soutenus par le Fonds Commun Aquitaine Euskadi pour mettre en valeur le patrimoine commun.

Forge d'Asson : la chute d'eau alimentant la roue

Nay, artisanat , transmission des savoirs et innovation

L’artisanat, « le plus vieux métier du monde » c’est ce qu’affirme le Président de la Chambre de Métiers Robert Catala. Sur Nay ce secteur est principalement dépendant du bâtiment, le problème n’est pas la demande, très soutenue actuellement mais la formation des jeunes, la promotion de certaines filières comme la chaudronnerie et les lourdeurs administratives qui font parfois renoncer des patrons. Mano Curutcharry, professeur relais de l’Éducation Nationale pour le patrimoine dans les Pyrénées Atlantiques a insisté sur la longue démarche qui permet de prendre en compte le fait industriel que ce soit au travers des bâtiments des machines et des hommes. « L’héritage industriel a tous les atouts, toutes les qualités pour être un espace pédagogique majeur . Le patrimoine industriel parle aux sens et à l’esprit. »

À Nay, on ne pouvait pas ne pas parler de la fabrication des sonnailles. C’est Pierre Daban, le frère du chef de l’entreprise actuelle qui ouvrit ses archives en présentant de façon émouvante et étonnante la longue histoire, celle d’un produit dont l’origine remonte à plus de 2000 ans en combinant les talents du céramiste, du forgeron et du musicien. Les difficultés de la production, la nécessité d’innover tout en maintenant les qualités du produit final. Le catalogue des sonnailles compte plus de 70 modèles !

Le textile, le piège de la tradition ?

L’industrie textile est encore bien présente dans le paysage Nayais, mais l’activité atteint un niveau des plus bas, même si on semble deviner une volonté de reprise. Jean Michel Minovès de l’Université de Toulouse, Sophie Escudé-Quillet animatrice culturelle et Françoise Sempé de l’UPPA ont montré comment cette industrie s’était créée avec des exemples du Midi Toulousain, de Nay et de Mirepeix. Un savoir, des machines et un patronat venus du Nord. Des matières premières et des productions innovantes au départ mais qui n’évolueront pas. La tradition coupée de toute innovation rejoint l’immobilisme et fait le lit de la concurrence venue des pays à bas coût.

Le patrimoine, une opportunité pour l’innovation

C’est la Conservatrice Départementale du Patrimoine qui tira la conclusion, en soulignant l’importance d’étudier ce patrimoine, d’estimer sa valeur, pour savoir ce qu’il faut conserver. Il ressort après ces deux journées d’échanges, une belle opportunité de créer à partir des sites majeurs de ce patrimoine industriel que sont Nay, Coarraze, Arthez d’Asson, Bordes-Assat… un circuit de tourisme industriel et au delà d’amorcer une dynamique de l’innovation en présentant les produits du passé et du présent dans un lieu de rencontre, d’échange qui devrait être aussi un lieu d’études pour supporter techniquement l’important tissu de sous-traitants qui se met en place avec le pôle aéronautique Éole.


Portfolio

Comment naissent les traditions industrielles

Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 162174

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site L’association  Suivre la vie du site Réalisations   ?

Conception/Design : Stockli / Nay + Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES

Creative Commons License