Le travail du lin et de la laine à Nay

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Le travail du lin et de la laine à Nay

Les premières traces

Les premières mentions d’un travail du lin et de la laine à Nay datent de l’achat du village par les moines de l’hôpital de Sainte-Christine de Gabas au XIIè siècle. Ce travail artisanal se développe sous l’autorité des moines, sans que nous puissions en spécifier l’importance. La création de la bastide de Nay, en 1302, par la vicomtesse de Béarn Marguerite permet un renouvellement de la population et de la productivité du bourg. D’un petit village de quelques feux, Nay devient un gros bourg avec un urbanisme propre aux bastides du Moyen-Age : place centrale entourée de couverts ou garlantes destinés à protéger les étals des marchands, halle centrale, plan raisonné, fortifications… En échange de franchises et de libertés, la population est invitée à repeupler le bourg. Chaque besiau se voit attribuer une place comprenant la maison et le lopin de terre qui lui est adjoint. Les places les plus prisée se trouvent sur la place ; elles sont réservées aux notables et aux marchands. La création d’un gros marché, tous les mardis par quinzaine et de foires annuelles, va donner une impulsion importante au commerce , notamment pour les draps de laine et de lin. Nay possède déjà plusieurs fabriques où l’on travaillaient les meilleures laines espagnoles.

Le siècle des marchands

Le véritable essor de l’artisanat textile en Béarn (Nay, Oloron ou Pontacq…) se situe à la fin du XVè siècle / première moitié du XVIè siècle sous le « règne » des marchands. Ces marchands vont créer une véritable « caste » au sein de la société. Ils vont faire vivre une grande partie de la population nayaise et des environs : de la production jusqu’à la finition des vêtements. Ces marchands vont également posséder la plupart des troupeaux de moutons de la région et les moulins à foulons. Ils vont investir dans la terre et les vignes.

Les tissus de laine fabriqués à Nay , et dans le Béarn en général, sont exportés dans la région toulousaine, dans le Midi, les Landes et l’Aragon. La laine nayaise étant assez rude, et assez épaisse ; les quantités produites ne suffisant pas au nombre de métiers à tisser de la plaine, les marchands vont très vite aller chercher de la matière première dans d’autres régions béarnaises ou limitrophes, et surtout en Aragon. Cette région était, en effet, réputée pour ses laines fines. Les produits arrivaient bruts et étaient ensuite traités sur place.

En parallèle, Henri d’Albret établit une manufacture royale à Nay (située non loin de l’actuel Musée du Béret) pour laquelle il fait venir de France des ouvriers spécialisés dans le travail de la laine et des teintures. Il possédait également un moulin pour le foulage des draps. Une teinturerie ouvre également ses portes à Oloron en 1536.

Un paysage marqué par la culture du lin au dix-huitième siècle

Au XVIIIè siècle, le paysage béarnais est marqué par la culture du lin notamment dans la plaine entre Peyrhorade et Navarrenx, dans la plaine du Gave de Pau, la plaine de Nay et les environs de Morlàas. Le grand essor de la production se situe dans la deuxième moitié du XVIIIè siècle, avant d’amorcer un déclin entrecoupé de reprises jusqu’à la première moitié du XIXè siècle avec l’apparition de l’industrie textile de Nay.

Dès le début du XVIIIè siècle, le Béarn devient un grand centre de production des toiles. Les axes de circulation ont été remarquablement améliorés par l’intendant d’Etigny, vers l’Espagne, Toulouse, Bayonne ou Bordeaux. La quasi-totalité des toiles sont exportées en Aragon et aux Antilles où de nombreux béarnais sont installés. Les colons ont été de gros acheteurs de toiles : pour les sacs , le linge de maison, les vêtements des esclaves et des affranchis, pour les mouchoirs de tête et de cou à la mode à l’époque. En 1811 dans un rapport du préfet des Basses-Pyrénées, il est mentionné plus de 5 000 ha de terres cultivées en lin et la production de lin brut est estimée à 20 000 quintaux.

La production du lin et, en parallèle celle du maïs, marque un enrichissement notable des agriculteurs. La plaine de Nay en est l’exemple le plus frappant. Les fermes vont s’agrandir et bénéficier d’une architecture « bourgeoise » ; de nouvelles maisons sont construites en bordure des routes témoignant de la prospérité locale : architecture « à la Mansart », proportions conséquentes, portails monumentaux, ornements sculptés, frontons décorés…

dimanche 2 mars 2008 par Sophie Escudé-Quillet

Pour approfondir

– Voir l’article sur le lin cultivé dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia. D’intéressantes précisions sur la culture du lin et son traitement (rouissage, teillage et peignage).

– Lire l’article de Christian Desplat dans le n° 2 de la Revue d’histoire industrielle des Pyrénées occidentales : Artisanat et manufactures textiles dans le ressort de l’Intendance de Pau, Auch et Bayonne au XVIIIè siècle (première partie).

– Voir sur « la toile » : la reprise de la culture du lin en Béarn et du tissage (reportage). (information, octobre 2022)

– Voir l’excellent article de l’École Gaston Fébus : « Le lin en Gascogne« .

Séchoir à lin à Lys.

Ferme à Lys. Séchoir à lin. © Sophie Escudé.